Commerce extérieur : l’offensive émiratie et marocaine au Cameroun
Si les Emirats Arabes Unis disent attendre un accord-cadre global avec le Cameroun, dont l’ambition serait de baliser durablement le terrain des échanges commerciaux et des flux d’investissements entre les deux pays, les marocains veulent identifier les secteurs prioritaires dans le cadre des investissements directs au Cameroun, tout comme la signature de contrats commerciaux et de la création de joint-ventures avec les entreprises locales.
L’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire des Émirats Arabes Unis accrédité auprès du Nigéria et du Cameroun, S.E Salem Saeed Alsham et S.E Abdelkader Jamoussi, Ambassadeur du Royaume du Maroc au Cameroun, accompagné de Hicham Chaoudri, Directeur des affaires institutionnelles et des partenariats africains à la Casablanca Finance City (CF100C), ont été reçus en audience, le 10 juin dernier à Yaoundé par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, pour faire le point sur les relations commerciales entre les différents pays.
Avec les Emirats Arabes Unis, le Cameroun entretient des relations diplomatiques depuis 1975, et cette audience s’inscrivait dans la logique d’une dynamique tournée vers l’avenir. Néanmoins, S.E Salem Saeed Alsham a au cours de cette rencontre, dressé un bilan positif de la coopération en cours. Les chiffres avancés par le diplomate parlent d’eux-mêmes : les échanges commerciaux non-pétroliers entre Yaoundé et Abou Dhabi ont franchi le seuil symbolique du milliard de dollars en 2024, atteignant précisément 1,24 milliard de dollars américains, soit une progression de 2 % par rapport à l’exercice précédent. Une performance encourageante, mais qui reste en deçà du potentiel réel que recèlent les deux économies.
Fort de ce constat, l’Ambassadeur émirati a plaidé pour une mutualisation accrue des efforts entre Yaoundé et Abou Dhabi, appelant de ses vœux la mise en place d’instruments juridiques et institutionnels solides, à même de structurer et pérenniser cette relation. Il a notamment évoqué la possibilité de conclure un « Comprehensive Investment Partnership Agreement », un accord-cadre global dont l’ambition serait de baliser durablement le terrain des échanges commerciaux et des flux d’investissements entre les deux pays.
Du côté camerounais, Luc Magoire Mbarga Atangana a souscrit pleinement à cette vision. Le ministre du Commerce a mis en exergue les immenses opportunités qu’offre le tissu économique camerounais, particulièrement dans le secteur agroalimentaire. Il a insisté sur la nécessité d’aller au-delà de la simple exportation de matières premières brutes, en développant une industrie de transformation capable de valoriser les produits phares du Cameroun : le cacao, l’huile de palme, le coton et le café. Ces filières, riches en produits dérivés à haute valeur ajoutée, représentent, selon lui, des niches d’investissement particulièrement attractives pour les capitaux émiratis.
Le ministre du Commerce a par ailleurs exprimé la satisfaction de Yaoundé face à l’intérêt croissant que le gouvernement des Émirats Arabes Unis manifeste envers le marché camerounais. Il a réaffirmé la volonté du Cameroun de voir les relations bilatérales « rayonner davantage », tout en formulant des assurances quant à l’environnement des affaires que le pays entend offrir aux investisseurs étrangers. La perspective de la conclusion d’un accord de coopération sur le commerce et les investissements a été saluée. Un tel instrument, selon les deux parties, constituerait un levier décisif pour asseoir une coopération véritablement gagnant-gagnant, et consoliderait ainsi les fondements d’une relation économique durable, au bénéfice des deux peuples. Avec des Émirats Arabes Unis en quête de nouveaux débouchés et d’opportunités d’investissement hors hydrocarbures, le terrain d’une coopération mutuellement profitable semble plus propice que jamais.

Le Maroc intéressé par les filières à fort potentiel
Avec S.E Abdelkader Jamoussi, Ambassadeur du Royaume du Maroc au Cameroun, la rencontre s’est tenue en présence du Secrétaire exécutif du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), Omer Maledy, et du Délégué régional de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat (CCIMA) pour le Centre. Il était question de préparer le terrain pour la mission économique « CFC Africa Tour », qui fera escale au Cameroun en novembre prochain. Initiative publique marocaine de premier plan, la Casablanca Finance City ambitionne de faire de la métropole chérifienne, une grande place financière africaine, en servant de pont entre les investisseurs internationaux et les économies du continent. « Nous avons les plus grandes entreprises américaines, européennes et asiatiques qui veulent investir en Afrique dans divers secteurs à partir de Casablanca. Toutes les entreprises qui sont dans notre écosystème s’intéressent beaucoup au Cameroun, raison pour laquelle nous sommes là », a déclaré S.E Abdelkader Jamoussi, avant de souligner le rôle de trait d’union que joue la CFC entre les grands groupes privés internationaux et les acteurs locaux.
L’enjeu des échanges était d’identifier les secteurs prioritaires dans le cadre des investissements directs marocains au Cameroun, de la signature de contrats commerciaux et de la création de joint-ventures avec les entreprises locales. Luc Magloire Mbarga Atangana a d’emblée rappelé que le développement du secteur privé, encadré par l’État, constitue l’une des priorités de la politique du Cameroun. Il a également mis en avant la vision de l’État en faveur d’une transformation structurelle de l’économie nationale, fondée sur la valorisation locale des matières premières.
Le ministre du commerce a passé en revue les filières phares. Sur le cacao et le café, le Cameroun peut se targuer d’occuper une position d’exception : le cacao camerounais figure parmi les 5% des meilleures productions mondiales, et le café national (Arabica comme Robusta) enregistre des notes qualitatives atteignant 90/100. Peu de pays au monde produisent ces deux variétés à la fois. Autant d’atouts qui fondent l’attractivité d’un terroir reconnu.
S’agissant du palmier à huile, le Ministre a souligné l’urgence d’investissements massifs. Le Cameroun dispose d’unités de raffinage d’une capacité installée de 800 000 tonnes, mais la production nationale plafonne à 300 000 tonnes, révélant un déficit structurel considérable en matière première. Or, l’huile de palme irrigue l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, bien au-delà des seules huiles de table et du savon.
L’aquaculture a également été identifiée comme un secteur porteur : avec une consommation nationale estimée à 500 000 tonnes de poisson contre une production nationale de 200 000 tonnes, le potentiel des plans d’eau camerounais reste largement sous-exploité. Même constat pour le coton : le Cameroun produit environ 300 000 tonnes, mais celles-ci sont exportées quasi exclusivement à l’état brut. La part de la transformation locale, qui atteignait déjà le modeste seuil de 4% il y a quelques années, ne représente plus aujourd’hui que 2% à peine.
Au-delà de la richesse de ses filières, le Cameroun offre aux investisseurs un cadre rassurant, conjuguant stabilité institutionnelle, diversité des ressources naturelles et disponibilité d’une jeunesse qualifiée et réceptive. Des secteurs comme les infrastructures, l’écotourisme, la logistique, les énergies renouvelables et les minerais complètent le tableau d’un pays aux potentialités multiples.
Blaise Nnang









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