SOCADEL : les défis qui attendent le premier top management

Portés le 5 mai 2026 à la tête de la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL), Antoine Tsimi, Oumarou Hamandjoda et Jean Basile Ekobena, ont pris, les rênes d’une entreprise issue de la transformation d’Eneo, confrontée à une fraude électrique élevée, des impayés publics persistants et un déséquilibre financier structurel que l’État tente de résorber à travers plusieurs réformes.

Moins de 48 heures après la signature du décret présidentiel du 4 mai 2026 actant la dissolution d’Eneo et la création de la Société camerounaise d’électricité (SOCADEL), son premier top management a pris fonction. Avec Antoine Tsimi comme président du Conseil d’administration, Oumarou Hamandjoda comme directeur général et Jean Basile Ekobena comme directeur général adjoint, Ils ont été installés, le 5 mai 2026, à l’issue d’un conseil d’administration présidé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Ce tout premier top management de cette entreprise devra piloter plusieurs chantiers prioritaires pour permettre à la nouvelle compagnie nationale de retrouver sa viabilité financière et d’assurer efficacement ses missions de production, de distribution et de commercialisation de l’électricité.

Un modèle économique structurellement déficitaire

Parmi les urgences identifiées figurent la lutte contre la fraude électrique, l’amélioration du recouvrement des factures et le rétablissement de l’équilibre financier. Selon des données recueillies auprès de l’ex-Eneo et de sources au ministère de l’Eau et de l’Énergie, les pertes liées aux fraudes — branchements illégaux et manipulations de compteurs — dépasseraient 60 milliards de FCFA par an. À cela s’ajoutent des difficultés persistantes de recouvrement, notamment du côté de l’État et de ses démembrements, dont les factures impayées atteignaient encore environ 59 milliards de FCFA en 2024.

Ces tensions sont aggravées par les engagements contractuels vis-à-vis des producteurs indépendants. Début 2026, les arriérés croisés avec Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), à qui Eneo devait verser mensuellement près de 10 milliards de FCFA au titre d’un contrat de type take-or-pay, frôlaient 70 milliards de FCFA, accentuant les tensions de trésorerie. Face aux difficultés de paiement de l’opérateur, l’État a dû mettre en place un mécanisme de garantie financière revolving de 100 milliards de FCFA auprès de banques locales afin de sécuriser temporairement les paiements dus à NHPC.

Au-delà de ces contraintes opérationnelles, Oumarou Hamandjoda hérite d’une entreprise dont le modèle économique demeure profondément déséquilibré. Avant sa transformation en SOCADEL, Eneo affichait des revenus mensuels d’environ 30 milliards de FCFA, pour des charges estimées à près de 50 milliards de FCFA, soit un déficit structurel de l’ordre de 20 milliards de FCFA par mois, selon des sources internes au secteur.

Ce déséquilibre s’explique en grande partie par le gel des tarifs de l’électricité depuis 2012. Les prix appliqués aux ménages — compris entre 50 et 99 FCFA/kWh — restent inférieurs aux coûts réels de production et de distribution. L’écart est compensé par l’État à travers une compensation tarifaire estimée entre 70 et 100 milliards de FCFA en 2025, selon les mêmes sources, mais dont le paiement accuse régulièrement des retards. À cette contrainte s’ajoute un niveau d’endettement élevé : après la reprise de 51 % des parts d’Eneo pour 78 milliards de FCFA en 2025, l’entreprise cumulerait environ 800 milliards de FCFA de dettes, incluant les engagements vis-à-vis des banques, des fournisseurs et des producteurs indépendants d’électricité.

Un plan de réforme ambitieux porté par l’État

Dans ce contexte, les autorités misent sur un vaste programme de réformes. Le gouvernement a ainsi engagé un plan d’investissement de 7 750 milliards de FCFA, baptisé « compact énergétique », élaboré en collaboration avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Cette feuille de route stratégique, lancée fin 2025, vise notamment l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030. Elle prévoit de connecter 8 millions de personnes supplémentaires, de porter la capacité installée à 3 000 MW et d’accroître la part des énergies renouvelables, tout en rétablissant l’équilibre financier du secteur et en restructurant la dette de la compagnie nationale.

B. Essama

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