Apollinaire NGWE : « L’ambition est de faire du café camerounais une véritable signature d’origine »

« L’ambition est de faire du café camerounais une véritable signature d’origine »

Dans une interview accordée à nos confrères de Cameroon tribune, le président du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) dresse l’état des lieux de la filière café, marqué par un regain de la production. Il aborde également les questions liées à la commercialisation du café, tout comme le revenu du producteur, etc.

Monsieur le président, quel état des lieux peut-on dresser de la filière café au moment où le Cameroun vient de commémorer la Journée mondiale dédiée à ce produit, le 1er octobre ?

Il faut regarder la situation de la filière café camerounaise avec lucidité, mais aussi avec confiance. Nous sortons d’une longue période de recul de la production et de fragilisation du tissu productif, mais les derniers résultats montrent des signes encourageants de redressement. Au cours de la campagne 2024/2025, le volume de café commercialisé au Cameroun a atteint 11 637 tonnes, contre 10 592 tonnes, la campagne précédente, soit une progression de 9,86 %. Cette évolution est importante parce qu’elle intervient après plusieurs années difficiles pour la filière. Le café arabica connaît notamment une amélioration remarquable de ses performances à l’exportation : les données disponibles font état de 824 tonnes exportées en 2025, contre 308 tonnes en 2024, avec une forte progression des recettes. Mais, il serait prématuré de parler de retournement définitif de tendance. La filière reste confrontée à des contraintes structurelles : vieillissement d’une partie importante des vergers, faible productivité, coût des intrants, insuffisance du renouvellement des plantations et difficulté à attirer durablement les jeunes vers la caféiculture. Notre conviction au Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) est que le problème du café camerounais n’est pas qu’un problème de volume. C’est un problème simultané de productivité, de qualité, de transformation, de commercialisation, de renouvellement générationnel et de valorisation du produit. Il faut produire davantage certes, mais surtout produire mieux, mieux et créer davantage de valeur au Cameroun. C’est pourquoi nous travaillons sur une approche qui associe relance de la production, amélioration de la qualité, traçabilité, développement des cafés de spécialité, transformation locale et ouverture de nouveaux marchés. Le contexte international offre d’ailleurs une fenêtre d’opportunité : la demande pour les cafés de qualité et les cafés de spécialité progresse, tandis que les marchés deviennent de plus en plus attentifs à la traçabilité et à la durabilité. Le Cameroun doit transformer ces nouvelles exigences en avantage compétitif.

L’un des problèmes principaux du café camerounais réside dans le déclin structurel de sa production au cours de ces dernières années. Qu’est-ce qui est fait concrètement par votre organisation pour relever l’offre nationale ?

Il faut reconstruire progressivement la capacité productive de la filière. C’est précisément le sens du programme de Relance d’urgence ciblée du café, le PURC-Café, qui vise à augmenter durablement les quantités et la qualité des cafés arabica et robusta à travers plusieurs leviers : renforcement des capacités des producteurs, mise à disposition de matériel végétal de qualité, réhabilitation et densification des plantations et équipements. Le deuxième levier est celui du renouvellement générationnel. Avec New Generation, nous voulons faire du jeune producteur, un véritable entrepreneur agricole. Le dispositif associe formation, plants et intrants, accompagnement technique, supervision et mise en relation avec le marché, avec un suivi qui s’inscrit dans la durée. Le troisième chantier est celui de la qualité. Avec le programme Café d’excellence, nous travaillons sur les pratiques agricoles, et surtout, sur les opérations post récolte, parce qu’un bon café peut perdre une grande partie de sa valeur lorsqu’il est mal récolté, mal fermenté, mal séché ou mal conditionné. Le CICC accompagne notamment la mise en place de centres d’excellence destinés à sublimer la qualité des cafés camerounais. Enfin, nous intégrons désormais plus fortement la question climatique et la traçabilité. Un verger performant aujourd’hui doit aussi être capable de résister aux évolutions du climat et répondre aux exigences des marchés internationaux.

En dehors du Cocoa & Coffee festival, quelles sont les autres initiatives mises en place pour faciliter la commercialisation du café camerounais dans les différents espaces publics et même à l’international ?

Le Festival Cacao & Coffee est une vitrine importante, mais il ne constitue qu’un élément d’un dispositif beaucoup plus large. Notre première priorité est de développer le marché intérieur. Nous devons faire du café camerounais, un produit que le consommateur camerounais identifie, apprécie et consomme davantage. Cela passe par la promotion de la consommation locale, la valorisation des torréfacteurs et transformateurs nationaux, le développement des marques d’origine (terroirs) et la multiplication des occasions de dégustation. Le CICC travaille également à la structuration de la commercialisation. L’organisation des producteurs, leur regroupement au sein de coopératives et l’amélioration des circuits commerciaux sont des éléments importants de notre action. Une filière mieux organisée permet notamment d’améliorer la circulation de l’information, la traçabilité et la capacité de négociation des acteurs. Toutes choses qui crédibilisent davantage la filière et ses acteurs. Le « Paris Coffee Show » constitue, par exemple, une plateforme intéressante pour mettre en relation les opérateurs camerounais avec les torréfacteurs, acheteurs et professionnels du café de spécialité. L’Interprofession est également engagée dans les réseaux et rencontres internationaux de la filière café, notamment avec l’Organisation internationale du Café et les grands rendez-vous professionnels. Mais notre stratégie ne consiste pas simplement à multiplier les salons. Un salon n’a de valeur que s’il débouche sur des contacts commerciaux, des contrats, des partenariats ou une meilleure connaissance de l’origine Cameroun. À terme, l’ambition est de faire du café camerounais une véritable signature d’origine, capable de trouver sa place aussi bien dans les circuits de consommation nationale que dans les segments internationaux à plus forte valeur ajoutée.

Les questions du prix et du revenu des producteurs constituent des préoccupations majeures. Comment ces problèmes sont-ils adressés au sein du CICC ?

La question du revenu du producteur est, pour nous, la question centrale. Si la caféiculture ne permet pas au producteur de vivre correctement de son exploitation, nous ne pourrons pas durablement attirer les jeunes, renouveler les plantations et maintenir la production. Il faut cependant distinguer deux notions : le prix du café et le revenu du producteur. Un prix élevé ne garantit pas nécessairement un revenu élevé si les rendements sont faibles, si les coûts de production sont trop élevés ou si une partie importante de la valeur est perdue après la récolte. Notre responsabilité consiste à travailler sur les facteurs qui permettent au producteur de mieux valoriser son café. Nous intervenons donc sur plusieurs leviers. Premièrement, l’information sur le marché et la transparence. Le CICC met à disposition des informations relatives aux marchés et aux prix et travaille à améliorer la connaissance des mécanismes de commercialisation. Deuxièmement, la productivité. Un producteur qui récolte davantage sur une même superficie améliore son revenu, même à prix constant. C’est pourquoi la réhabilitation des plantations, la densification, le matériel végétal performant et les bonnes pratiques agricoles sont aussi des instruments de politique du revenu. Troisièmement, la qualité. Un café mieux produit, mieux trié, mieux traité et mieux préparé peut accéder à des marchés différenciés.

Source, Cameroon tribune

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