Électricité : Le Cameroun prépare la nationalisation de la centrale à gaz de Kribi
Le gouvernement camerounais a indiqué, le 27 avril 2026 à Yaoundé, envisager la nationalisation de la centrale à gaz de Kribi opérée par Globeleq, dans le but de reprendre le contrôle d’un actif stratégique, alors que le secteur électrique traverse une phase de recomposition marquée par des tensions financières.
Le Cameroun avance vers une nationalisation de la centrale à gaz de Kribi, exploitée par la Kribi Power Development Company, filiale du groupe britannique Globeleq. Mise en service en 2013, cette infrastructure est considérée comme un pilier de l’approvisionnement énergétique du Réseau interconnecté Sud. Cette orientation a été explicitement évoquée le 27 avril 2026 à Yaoundé par le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba, lors d’échanges avec une délégation de Premier Energies Ltd, venue s’enquérir des opportunités d’investissement dans le secteur. Selon le communiqué publié à l’issue de cette audience, la nationalisation de la centrale à gaz de Kribi figure parmi les leviers envisagés pour redresser le secteur électrique. « Le secteur électrique reste fragilisé financièrement. La réponse est en cours, avec une lutte renforcée contre la fraude, des ajustements tarifaires, une révision des volumes, la renationalisation de la centrale à gaz de Kribi et le redressement d’Eneo après le départ d’Actis […] Cap fixé : remettre le secteur à niveau et retrouver une trajectoire financière solide d’ici 2027 », indique le ministère.
Cette déclaration inscrit clairement la centrale de Kribi dans le périmètre des actifs appelés à revenir sous contrôle public. Elle intervient alors que Globeleq, présent au Cameroun depuis 2014, a engagé un processus de cession de ses actifs, incluant également la centrale thermique de Dibamba. Ce mouvement avait déjà été confirmé par le ministre en septembre 2025, lors d’un atelier national sur le Compact énergétique.
Globeleq en retrait et recomposition du capital
Le retrait du groupe britannique s’appuie sur des discussions déjà avancées avec des repreneurs locaux. Une note interne signée par le directeur de Globeleq Cameroon, citée par des sources proches du dossier, évoque l’intérêt de plusieurs entreprises nationales pour les actifs de Kribi et de Dibamba. Parallèlement, selon les mêmes sources, l’État du Cameroun a décidé de faire usage de son droit de préemption — un mécanisme juridique qui lui permet de se substituer à tout acquéreur potentiel afin d’acquérir en priorité un actif stratégique — pour s’assurer du retour de cette infrastructure dans le portefeuille public.
Ces actifs, qui totalisent plus de 300 MW de capacité installée, représentent environ un cinquième de l’électricité distribuée dans le pays, selon les données de l’entreprise. À elle seule, la centrale de Kribi, d’une capacité de 216 MW, fonctionne au gaz naturel issu du champ offshore de Sanaga Sud et repose sur un partenariat public-privé associant l’État camerounais et des investisseurs internationaux. Cependant, la dégradation de l’environnement sectoriel a fortement affecté la rentabilité de ces infrastructures. Les impayés accumulés par l’opérateur Eneo ont conduit à un arrêt prolongé des centrales entre septembre 2024 et février 2025. Le montant des créances est estimé à 137 milliards de FCFA, selon Investir au Cameroun, fragilisant durablement la trésorerie de Globeleq.
Face à ces contraintes, le groupe a reclassé ses actifs camerounais dans la catégorie des actifs à céder, marquant un repositionnement stratégique vers des marchés jugés plus stables, notamment en Afrique de l’Est et australe. Dans ce contexte, la perspective d’une reprise publique de la centrale de Kribi s’inscrit dans une séquence plus large de recomposition du secteur énergétique camerounais, également marquée par le départ annoncé du fonds Actis du capital d’Eneo. Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la seule réorganisation capitalistique. Il s’agit de sécuriser un outil de production clé, pionnier du gaz naturel dans la sous-région, et essentiel à l’équilibre du système électrique national. La centrale de Kribi alimente près d’un million de consommateurs et constitue un levier central dans la réduction du déficit énergétique.
B. E








