Produits pétroliers : l’INS craint une augmentation des prix des carburants à la pompe à cause du conflit dans le Golfe

Selon le rapport du mois de mars de l’Institut national de la statistique (INS), si la crise perdure, le Cameroun en tant qu’importateur des produits pétroliers raffinés, pourrait voir ses manques à gagner s’accroître ou à défaut, l’État pourrait augmenter les prix des carburants à la pompe ; ce qui alimenterait l’inflation via les coûts de transport et de production.

Le conflit dans le Moyen-Orient affecte donc négativement l’économie mondiale en général et celle du Cameroun en particulier. Les principaux vecteurs étant les prix des huiles de pétrole et les coûts de transport maritime. Avec comme impacts directs, la perturbation des chaines d’approvisionnement mondiales, en particulier les produits énergétiques dont 20% passent par le détroit d’Ormuz actuellement en difficulté. L’effet immédiat est la hausse des cours mondiaux des huiles du pétrole. En effet, le prix du baril de Brent a dépassé les 100 $US au début mars 2026 et s’établit en fin mars 2026 autour de 109 $US à 112 $US le baril, après un pic à 119,50 $US, en raison de craintes sur l’approvisionnement.

Toute chose qui fait craindre une augmentation des prix des carburants à la pompe, si la crise perdure. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le Cameroun en tant qu’importateur des produits pétroliers raffinés, pourrait voir à moyen terme, ses manques à gagner s’accroître ou à défaut, l’État pourrait augmenter les prix des carburants à la pompe ; ce qui alimenterait l’inflation via les coûts de transport et de production. Mais à court terme, explique l’INS, cette situation pourrait être un avantage budgétaire pour le Cameroun avec la possibilité de profiter de la hausse du prix des huiles brutes de pétrole pour augmenter les recettes budgétaires et d’exportation.

En outre, note l’INS, la hausse des prix mondiaux de l’énergie et du fret pourrait renchérir les coûts des importations des produits alimentaires, alimentant l’inflation importée. De plus, un ralentissement de l’activité économique mondiale pourrait réduire la demande et les prix des autres principaux produits d’exportation du Cameroun (cacao, bois, coton, etc.) et peser négativement sur les équilibres macroéconomiques du pays.

Une balance commerciale structurellement déficitaire

Dans les relations commerciales entre le Cameroun, l’Iran et les États arabes du

Golfe, le Cameroun est un importateur net, précise l’INS. En effet, la balance commerciale du Cameroun avec ces pays est structurellement déficitaire. En 2024, ce déficit se chiffre à 156,7 milliards de FCFA après le pic de 231,58 milliards de FCFA enregistré en 2023. Quant aux transferts de fonds, ils sont relativement faibles en provenance des pays du Golfe. Les transferts de fonds en provenance des Etats du Golfe, selon l’INS, s’élèvent en moyenne à 11 milliards de FCFA par an sur la période 2022 à 2025. Les Emirats Arabes Unis concentrent la part la plus importante de ces transferts, représentant 63,8% suivie par l’Arabie saoudite avec 13,6% des transferts de fonds en provenance des États du Golfe.

Les Émirats Arabes Unis (EAU) sont le partenaire commercial le plus important du Cameroun dans le Golfe sur les dix dernières années, avec en moyenne plus de la moitié (50,3%) des recettes d’exportations. Il est suivi par le Koweït (27%) et l’Arabie saoudite (18%). Les principaux produits achetés par les Émirats Arabes Unis sont le bois qui représente 82% des exportations en 2023, puis 17% en 2024 et l’or qui pèse pour 7% des exportations en 2023, mais presque nul en 2024. En conclusion, les échanges commerciaux ainsi que les transferts de fonds entre le Cameroun et ce groupe de partenaires sont relativement faibles. Cependant, le pays pourrait être affecté par cette crise de façon directe ou indirecte d’une part, en tant qu’exportateur du pétrole brut, de GPL et de bois et, d’autre part, comme importateur des produits pétroliers raffinés.

Des dépenses d’importations en constante hausse

Les dépenses d’importation des biens originaires de l’Iran et des pays du Golfe, explique l’INS, présentent une quasi-stabilité sur la période 2010-2019 autour d’une valeur moyenne de 45 milliards de FCFA par an. En 2020, cette facture a enregistré une baisse significative de 60% en glissement annuel. Ce recul, attribuable aux effets de la pandémie de la COVID-19, a été suivi d’une reprise plus intense des importations des produits originaires de ces pays dont le pic se chiffre à 236,9 milliards de FCFA en 2023. La facture des importations originaire des pays du Golfe en 2024 s’élève à 182,7 milliards de FCFA, en recul de 22,9% par rapport à 2023.

Le poids des dépenses d’importations des produits originaires de l’Iran et des pays du Golfe, dans la facture annuelle globale des importations du Cameroun est relativement faible, note l’INS dans son rapport. Sur la période 2010-2024, le poids moyen est d’environ 2% par an. En 2024, la facture des importations provenant de ces partenaires commerciaux représente 3,7% de l’ensemble des importations du Cameroun. Les produits importés sont principalement constitués des huiles brutes de pétrole et de minéraux bitumineux avec un poids de 50,3%, suivi des ciments hydrauliques avec un poids de 5,5%, des poissons congelés avec 5,4%, et des polymères d’éthylène sous forme primaires qui représentent 5,0%. En 2024, les importations des huiles de pétrole enregistrent une baisse de 32,9% par rapport à l’année précédente et se chiffre à 92 milliards de FCFA. Par ailleurs, les importations de poissons congelés et de ciment hydraulique sont respectivement en hausse de 31,9% et 41,3% par rapport à 2023 et se chiffrent respectivement à 9,86 milliards de FCFA et 10,04 milliards de FCFA.

Au sein de ce groupe de pays, les Émirats Arabes Unies et l’Arabie Saoudite sont les principaux fournisseurs du Cameroun. En 2024, 88% des biens importés de cette zone, proviennent de ces deux partenaires commerciaux. En outre, considérant le montant total des importations du Cameroun en 2024, les Émirats Arabes Unies et l’Arabie saoudite détiennent respectivement 1,8% et 1,4% des parts du marché camerounais.

Des exportations vers les pays du Golfe en dents de scie

Selon la note de l’INS, les exportations du Cameroun vers l’Iran et les pays du Golf restent relativement modestes. En effet, le poids annuel moyen de ces exportations sur les quinze dernières années est de 0,4 % des exportations totales. Toutefois, les recettes d’exportations ont évolué en dent de scie sur la période, après 5,4 milliards de FCFA observé en 2023, le pic est enregistré en 2024 avec une valeur de 26 milliards de FCFA représentant 0,8% des recettes d’exportations de l’année. Cette hausse enregistrée en 2024 est attribuable aux exportations du gaz de pétrole liquéfié (GPL) vers ces pays du Golfe.

Les principaux produits exportés vers ces partenaires sont : le bois, le gaz de pétrole liquéfié (GPL), le pétrole brut, l’or et le diamant. Les exportations de ces produits ont représenté 90% et 98% des recettes d’exportations vers les pays du Golfe, respectivement en 2023 et 2024. Les bois sciés et bruts ont dominé les exportations vers les pays du Golfe en 2023 avec une valeur de 4,29 milliards de FCFA, représentant un poids 79%. En 2024, cette valeur se chiffre à 6,2 milliards de FCFA, représentant un poids 24%. En 2024, les exportations du gaz de pétrole liquéfié (GPL) vers ces partenaires et se chiffrent à 18,9 milliards de francs CFA représentant 73% des recettes d’exportations de l’année, après moins de 2% enregistré 2023. L’or et le diamant y figurent également mais en valeurs négligeables dans les statistiques officielles de la Douane camerounaise.

Blaise Nnang

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