Cybercriminalité : 3 milliards de préjudice en 2025 au Cameroun à cause du scamming

C’est l’un des principaux constats suite aux actions menées l’année dernière sur les réseaux sociaux par l’ANTIC. Et malgré des résultats conséquents dans la lutte contre la cybercriminalité, les actions de l’agence font encore face à de nombreuses contraintes.

L’occasion faisant le larron, l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ANTIC) a profité de son intervention au séminaire de formation des membres de l’Association pour l’élimination du tribalisme et la promotion du vivre-ensemble (One Nation) pour présenter les résultats-clés des actions qu’elle a mené l’an dernier. Des données significatives se dégagent de l’exposé présenté par Edmond Stève Yong Biboum, ingénieur de conception en service à l’ANTIC. L’une d’elles renseigne qu’en 2025, les activités de scamming à travers les réseaux sociaux ont causé un préjudice global estimé à 3 milliards de FCFA. L’agence renseigne qu’elle a constaté 471 cas de scamming et de phishing au Cameroun l’année dernière, tout en soulignant que c’est un phénomène qui prend de l’envergure dans le pays.

Durant ces actions qui visent à sécuriser le cyberespace camerounais, l’ANTIC a fermé 40 plateformes qui servaient à arnaquer sur les réseaux sociaux, et elle a pu fermer 72,5% des 4 781 faux comptes détectés. Entre temps, elle a reçu 3 139 plaintes dont 98,5% ont connu un traitement. Par ailleurs, elle a traité quelque 35 686 réquisitions en douze mois. Et au total, 5 973 vulnérabilités ont été détectées et 28 728 transactions se sont effectuées en toute sécurité.

L’escroquerie en pole position

La typologie des plaintes renseigne davantage sur les actions de cybercriminalité observées. L’on apprend par exemple que 23% des 3 139 plaintes reçues par l’ANTIC portent sur des faits d’escroquerie. Les plaintes pour hameçonnage viennent en deuxième position avec 22% des plaintes. Cette activité permet aux pirates de se faire passer pour un tiers (banque, impôts, fournisseur d’accès, etc.) pour soutirer des informations d’une personne (mots de passe, numéros carte bancaire…) et ainsi la voler ou usurper son identité.

Les comptes piratés représentent 15% des plaintes reçues par l’ANTIC, et l’usurpation d’identité suit avec 10%. Le cyber-chantage et le cyber-harcèlement ne sont pas en reste et représentent chacun 8% des plaintes, tandis que 850 plaintes (9%) ont été déposées à l’ANTIC pour vol de téléphone.

Pour faire face à la montée en puissance de la cybercriminalité dans le pays, l’ANTIC prend différentes mesures. En termes de préventions, la sensibilisation occupe une place prépondérante. Au total, 24 programmes radio ont été produits et diffusés sur les antennes de la Cameroon Radio and Television (CRTV) en 2025, l’agence a participé à plus de 10 émissions radio en qualité d’expert, 3 000 guides de bonnes pratiques ont été confectionnés et distribués, environ 6 millions de cahiers scolaires « Entre nous jeunes » ont été enrichis de messages de cyber-sécurité, et 1 500 exemplaires du magazine Anticmag.cm ont été produits et diffusés. Des descentes ont été effectuées dans des établissements secondaires du Nord-Ouest, du Sud-Ouest de l’Extrême-Nord et du Nord ; sans oublier des caravanes de sensibilisation en milieux scolaire et universitaire.

Des mesures détectives efficaces

Pour ce qui concerne les mesures détectives, la veille sécuritaire est en première ligne. Outre les 5 973 vulnérabilités découvertes lors des scans de 256 sites et applications, l’ANTIC a monitoré en continu plus de 203 sites web. Elle a mené plusieurs interventions suite à des attaques ransomware sur des structures nationales. Il faut noter qu’au cours de l’année dernière, 29 attaques ont été enregistrées sur les sites web des administrations publiques tandis que 120 alertes de sécurité et 24 bulletins de sécurité ont été émis en rapport avec des activités cybercriminelles.

L’ANTIC procède également par la certification électronique pour lutter contre la cybercriminalité. En plus des 28 728 transactions sécurisées par certificats TLS en 2025, l’agence a sécurisé de la même manière 100 sites web et messages. Des actions d’audit des systèmes d’information ont également été menées. Plusieurs ministères ont été audités, de même que 7 établissements bancaires et de microfinance, 7 entreprises et établissements publics, 2 opérateurs de télécommunications, 2 établissements de paiement. L’on note aussi que 32 structures ont été accompagnées post-audit.  

Des contraintes persistantes

Malgré tous ces résultats dans la lutte contre la cybercriminalité, l’ANTIC continue de faire face à des contraintes. Ces obstacles sont essentiellement d’ordre structurel et limitent son efficacité. La coopération avec les plateformes est mitigée. Tandis que Meta et TikTok sont des partenaires actifs, X, Yahoo, Google et You Tube sont difficiles à mobiliser. Le peu de coopération des éditeurs est également une contrainte, notamment pour les plateformes hébergées hors du territoire camerounais ; l’ANTIC ne pouvant agir de manière unilatérale.

Raison pour laquelle les citoyens sont appelés à s’impliquer dans cette lutte contre la cybercriminalité. Il s’agit, entre autres : de s’approprier les outils de signalement natifs des plateformes, de se méfier des applications sans agrément et des offres trop attractives, et de participer aux campagnes de sensibilisation. Aux administrations et organisations de la société civile, il est vivement recommandé de certifier les comptes officiels auprès de l’ANTIC, d’intégrer la cyber-sécurité dans les formations continues des agents, et de collaborer activement lors des réquisitions et investigations.

Alain Noah Awana

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