François Félix GANDJI MOSSI: « Il y a une relance qui est en train d’être faite dans la Filière café »
Son stand était l’un des plus attractifs, lors de l’édition 2026 du Cocoa & Coffee Festival, qui s’est tenue du 26 au 28 mars à Yaoundé. La raison est simple, la filière café attire de nouveau. La conjoncture actuelle du café est favorable. Avec un relèvement significatif de la production commercialisée, qui est passée de 10 592 à 11 637 tonnes entre les campagnes 2023-2024 et 2024-2025, soit un rebond de 9,86%. Les prix aux producteurs ont suivi la même tendance haussière, de 3706 FCFA à 3561 FCFA le kilogramme, pour ce qui est de l’arabica, et de 1875 à 1981 FCFA le kilogramme, soit les données de l’Office national du cacao et du cacao (ONCC) du 2 avril 2026. Une embellie à mettre à l’actif des efforts entrepris par le gouvernement, à travers notamment le Projet d’appui à la relance de la filière café (PARF-CAFE), pour relancer cette filière. Un projet qui a pour missions d’apporter des appuis à la production et à la diffusion du matériel végétal à haut rendement, des appuis au développement des exploitations caféières, tout comme des appuis à la durabilité de la filière café. Dans cet entretien, le Coordonnateur national de ce projet revient sur les contours de cet accompagnement.
Monsieur le Coordonnateur national, c’est quoi exactement le PARF-CAFE ?
Le PARF-CAFE, c’est le faire-faire. Le PARF-CAFE n’a pas en son sein toute la technologie possible, mais cherche autour, devient comme une sorte de moteur qui absorbe et propulse. Et ce moteur cherche en fonction des orientations du gouvernement à trouver l’expertise et mettre cette expertise à la disposition des producteurs et suivre maintenant afin d’atteindre les objectifs de performance. Vraiment de manière globale, voilà à peu près ce que nous faisons. Nous créons des champs écoles, on suit les champs écoles, et on retourne justement. On les suit, et c’est en les suivant qu’on est capable de sortir notre production. L’appui lié à cette production, soit environ 5000 tonnes pour la campagne 2023-2024, et nous attendons encore la production 2024-2025. Nous sommes encore en train de finaliser tous les chiffres, et on pourra les distribuer, mettre à disposition lors du prochain comité de pilotage. Et avec l’augmentation probable d’à peu près encore 1 000 tonnes. Ce qui fait donc que les deux cumulés, nous aurons une augmentation de 2 000 tonnes.
Quel bilan le PARF-CAFE peut-il revendiquer à ce jour ?
C’est un hectare par producteur. Alors, vous faites juste le ratio, si vous faites 9000 producteurs et que le maximum de champs est de 30, ça veut dire que depuis 2023 à nos jours, le PARF-CAFE a eu à mettre sur place 300 champs écoles. Et les champs écoles sont dynamiques, ça veut dire que quand il ouvre un champ école, l’année qui suit, il ouvre un autre champ école pour d’autres producteurs.
Vous produisez votre café, vous faites comment? Nous leur apprenons donc comment consommer le café pour lui donner de la valeur. Et, c’est derrière cette valeur que certains peuvent dire, mon café, c’est un café de spécialité, je ne le vends plus dans le marché conventionnel, je peux le vendre dans le marché de niche. Et le voilà qui est propulsé. Le café a subi beaucoup d’éléments : la démobilisation, la démotivation des producteurs. Mais, nous pensons quand même qu’avec cette lancée, les gens commencent déjà à prendre corps. Et ceci s’illustre par l’augmentation des nombres de plants. Nous avons distribué près de 100 kilos de semences de café Arabica. Et je peux vous dire qu’un kilo donne à peu près 2000 plants. Ça paraît dérisoire, mais c’est déjà pas mal. Donc à peu près 200 000 plants ont été donnés. 200 000 plants ont été mis à disposition des groupes afin qu’ils puissent refaire le système de réhabilitation. Et nous avons également mis beaucoup de pépinières de café Robusta en bouture.
Donc, il y a une relance qui est en train d’être faite. Elle prend corps et on touche les pôles les plus affectés, les plus productifs, afin de nous rassurer qu’effectivement nos quatre indications de performance peuvent reprendre corps. Pour terminer donc, nous appuyons également dans la restructuration conformément aux hautes directives de M. le ministre de l’Agriculture et du développement rural, afin de remobiliser les troupes, réorganiser les structures faîtières pour que le bloc qui va naître soit un bloc compétitif, qu’il ne soit pas un bloc quémandeur ou mendiant, mais un bloc d’agri-entrepreneurs.
M. le Coordonnateur, comment s’effectue l’accompagnement des producteurs sur le terrain ?
Comme je vous l’ai dit, l’accompagnement se fait à travers les champs-écoles. Un champ-école, c’est un champ délabré qui a tous les problèmes du monde. On le cible, on l’identifie. Maintenant, pour que cela puisse capter tout le monde, on identifie aussi un leader dans le village qui a des capacités de transmettre, et qui a un background scolaire. On ne veut pas trop un BAC+4, mais au moins celui qui est capable de transmettre et qui est un leader, donc qui est écouté. Il est formé par des experts. Je vous ai dit que nous formons, nous faisons le faire-faire, ça veut dire que nous avons besoin des gens qui peuvent se former pour tel type d’aspect lié au café, parce qu’on connaît déjà l’objectif, c’est d’augmenter la production, améliorer la qualité et réduire le coût de production. Donc, on les forme tous pendant 14 jours, une première session de 9 jours et une deuxième session de 5 jours modulables. Après les 14 jours, ils descendent sur le terrain, ils rassemblent les producteurs vers ce champ qui avait tous les problèmes, et ils commencent à leur apprendre des nouvelles méthodes pour résoudre ces problèmes.
Parce que si ce champ a ces problèmes à 100%, ça veut dire qu’il y a un producteur qui peut avoir les mêmes problèmes dans son champ. Alors, il est suivi et c’est à peu près 30 producteurs maximum par champ école. Il fait le cours comme nous, mais dans un champ avec des tableaux, ils font les éléments pratiques et après deux semaines plus tard, il revient faire le cours, ceci pendant 10 mois. Donc, ça veut dire que ce n’est pas une formation de « je forme, je vous laisse partir », c’est « je suis avec vous jusqu’à l’obtention de votre café ». C’est pour ça que nous avons au moins à 85% une certitude de la production. Ce qui est différent du fait qu’on vient, on forme, on part. Ils sont avec eux au quotidien pendant 10 mois, dont il y a 20 thématiques qu’ils reçoivent. Et les thématiques qu’ils reçoivent n’ont rien à voir avec le calendrier agricole, mais avec le comportement du caféier, qu’on appelle dans le jargon agronomique la phénologie.
Parce que, tout comme les êtres humains, les plantes nous parlent. Lorsqu’une plante a une façon de se comporter, scientifiquement, on peut détecter ce dont elle a besoin pour pouvoir avancer. Donc, voilà comment nous descendons sur le terrain. Et actuellement, nous avons à peu près, nous les appelons les facilitateurs, 100 facilitateurs sont sur le terrain et qui sont coachés par 11 superviseurs à peu près. Donc, cette pyramide permet à ce que sur le terrain, il y ait un suivi de proximité de ces producteurs et du rendu qu’ils peuvent nous apporter. À l’heure où je vous parle, le PARF-CAFE a déjà formé près de 9000 producteurs. Et nous avons fait une moyenne, pour le moment, une moyenne de demi-tonne par hectare. Donc, ça vous permet à peu près de voir le tonnage que je vous ai fait par tout à l’heure. Donc avec une moyenne de demi tonne par hectare, nous étions au début à 9000. Actuellement, on va encore en former, et on peut déjà à peu près faire des projections pour voir à peu près le tonnage qu’on a.
Vous avez fait état d’un problème de moyens financiers qui ne vous permettent pas d’atteindre vos objectifs. A combien, peut-on estimer ces moyens financiers pour l’atteinte de vos objectifs ?
Il y a eu un groupe de travail avant la naissance du PARF-CAFE qui avait fait les états généraux de la production caféière. Et, il a été pilotée par le Conseil interprofessionnel cacao-café, et a mis en exergue toutes les institutions concernées. Et, il était question justement d’atteindre les 160 000 tonnes attendues, soit 125 000 tonnes pour le Robusta et 35 000 tonnes pour l’Arabica, pour une valeur à peu près de 76 milliards, je peux dire 77 milliards. Le PARF-CAFE a pu signer une convention avec le Fonds de développement des filières cacao-café, seulement de 7 milliards. Je ne les ai pas encore reçus, mais c’est jusqu’en 2027. Et de 2023 jusqu’à nos jours, justement, le PARF-CAFE a reçu une moyenne de 3,5 milliards, répartis à environ 3,3 milliards pour le FODECC et à peu près 200 millions pour le BIP MINADER.
Quels matériels ou bien quels outils rentrent dans l’encadrement des producteurs, pour justement améliorer la qualité ou bien la production du café ?
Là maintenant ça nous permet d’entrer dans ce qu’on appelle la structuration du PARF-CAFE, qui est structuré en quatre composantes. Une première composante chargée du matériel végétal, je préfère le dire comme ça, pour qu’on se comprenne bien. Et dans ce matériel végétal justement, et comme le PARF-CAFE fait dans le faire-faire, nous faisons appel donc aux pépiniéristes professionnels reconnus par le ministère de l’Agriculture et de développement rural, afin qu’ils puissent produire. Ils émettent leurs desirata, et nous leur faisons des appuis en termes de sachets et petits matériels en termes d’intrants. Et comme ils auront les sachets et les petits matériels, en amont, nous devons préparer le matériel végétal de base. Et çà, ça se passe dans ce qu’on appelle le parc à bois pour les boutures et les champs semenciers pour les graines. Ce matériel végétal de base est subi profite aussi des appuis pour au moins nettoyer, parce que c’est des structures qui ne bénéficient plus vraiment de l’aide de l’État, et le PARE-CAFE ayant besoin d’eux leur permet au moins de travailler pour nous produire ce matériel végétal. Je prends le cas du champ semencier de Foumbot, malgré le fait qu’il a subi des brûlis à 90%, parce que les feux de brousse ont détruit les plantations de près de 7 hectares, on a quand même la possibilité d’avoir 100 kilos, comme je vous l’ai dit. Et 100 kilos, ça fait à peu près 200 000 plants attendus. Pour les autres, nous avons un parc à bois à Afia, çà c’est à Abong-bang, qui est capable de nous produire près de 5 millions de boutures par an. Mais actuellement, ce n’est pas possible à cause des feux de bourse qui ont détruit près de la moitié de son parc, et actuellement, nous oscillons entre 1 200 000 et 1 500 000 boutures.
Nous les appuyons également pour l’entretien de ces espaces, et nous sommes en train aussi de voir comment réhabiliter certains espaces pour augmenter le cheptel. Nous sommes aussi en train de voir comment réhabiliter le champ semencier de Foumbot pour augmenter également son cheptel. A çà s’ajoute aussi le champ semencier de Mbouroukou dans le Moungo, au Littoral, qui est déjà privatisé, mais qui bénéficie, compte tenu de la demande, bénéficie de l’aide du PARF-CAFE, comme celui de Afia, pour permettre à ce que nous puissions booster la production. Ce qui fait en sorte que nous avons une moyenne de 1,8 million de plants que nous produisons chaque année en termes de robusta, mais mitigé encore à 200 000 plants que nous produisons en termes d’Arabica.
Maintenant, le souci, c’est que nous pouvons produire les 1,8 million, mais ça ne veut forcément pas dire que le pépiniériste reçoit les 1,8 million. Pour une seule raison, les distances diminuent le pouvoir germinatif de ces boutures avec le temps. La bouture a besoin d’un maximum de 48 heures pour être plantée. Si après 48 heures elle n’est pas plantée, vous êtes sûr de perdre au moins 50%. Alors imaginez-vous un pépiniériste qui est du côté de Bafoussam, même du côté de Mbam et Kim, Mbouroukou ne peut pas lui donner, parce qu’il y a aussi des problèmes agro écologique, c’est-à-dire qu’au moment où il a besoin des plants dans cette zone agro écologique, la zone la plus propice ne peut pas lui fournir, parce que les pluies diffèrent d’un lieu à un autre. Afia est capable de lui donner ses boutures. Si Afia coupe les boutures aujourd’hui, il faut absolument que le 2 ou le 3, qu’on ait déjà planté. Donc, cette distance qu’il doit faire est également un handicap pour faciliter le planting. Ne serait-ce que pour cette distance, nous perdons à peu près 50% de nos plants. Donc sur les 1,8 million que nous produisons actuellement, nous pouvons utiliser à peu près 900 000 plants de caféine. Et dans les 900 000 plants, si on fait de manière mathématique, avec les pertes qui peuvent aller entre 10 et 15%, parce que nous mettons des méthodes améliorées, parce que le café Robusta avec cette peine qu’il était difficile d’avoir dans une pépinière un taux de réussite de 20 à 30%, mais le CICC ayant obtenu un nouveau mécanisme qu’on appelle les pépinières sous tunnel, ça nous permet d’avoir un taux allant de 80 voire 100%.
Donc on est sûr que chaque année, nous distribuons aux producteurs à peu près 700 à 750 000 plants. Autre chose, c’est qu’on ne vend pas ces plants. L’État a décidé de se désolidariser de tout ce qui est achat des plants et distribution aux producteurs. C’est pour ça que les pépiniéristes qui viennent sont la plupart des cas des pépiniéristes et des coopératives.
Quel message apportez-vous aux producteurs pour leur redonner confiance à la filière café, quand on sait qu’il n’y a pas longtemps, l’heure était à la démobilisation ?
Quand on part les voir, si on part en donnant des leçons, on ne va jamais recevoir d’eux. Parce qu’ils vivent au quotidien ce que nous ne vivons pas, étant ici, assis à Yaoundé, même si on leur apporte des appuis sur le terrain. Mais il faut déjà ce qu’on appelle de l’acceptabilité, il faut qu’ils soient réceptifs d’abord à notre présence, ensuite réceptifs aux mécanismes qu’on veut mettre en place. Le seul élément que nous avons trouvé, c’est leur dire la vérité. Je ne peux pas vous mentir, c’est la vérité. On leur a dit la vérité. Vous êtes là, vous aurez des difficultés, voilà comment les difficultés vont arriver, voilà comment on pourra les résoudre, voilà comment on pourrait faire des projections. On ne leur a pas parlé d’utopie. On ne leur a pas parlé de ce qu’ils ne voulaient pas comprendre, ni entendre, on leur a dit la vérité. Et, la vérité était toute simple. Nous vous donnons 10 mois, venez voir, si ça ne vous plaît pas, allez dire que ça n’a pas marché. Vous avez un vieux champ, nous vous disons que dans ce vieux champ, vous allez augmenter votre production. Ça veut dire que même si le prix restait standard, mais tu devrais au moins augmenter ton économie parce que tu as quand même produit et tu as produit plus et avec moins d’effort. C’est pour ça que je vous parle de tout ça, réduction du coût, amélioration de la qualité et augmentation de la production. Donc tu es gagnant sur tous les points. Et ils ont adhéré. Et comme je vous l’ai encore dit, le producteur étant très intelligent, je dirais même encore plus intelligent que nous, qu’est-ce qu’ils font ? Ça devient le téléphone arabe. Et, on constate qu’effectivement, tous ceux qui ont adhéré, ont eu satisfaction. Et vous n’avez qu’à voir sur le terrain. Regardez comment les caféiculteurs parlent maintenant du café. Au contraire, nous sommes submergés ici.
Dernièrement, j’ai encore reçu une demande de plants. Et ils savent qu’ils doivent payer le plan. Pour eux, ce n’est plus un problème. Les mêmes producteurs qui voulaient qu’on les donne gratuitement estiment que maintenant, ils sont prêts à payer les plans. Parce qu’on leur a dit la vérité. Et j’ai dit au producteur, celui qui vient me voir en me disant qu’il veut quelque chose, je ne donne pas, même si j’avais. Mais si tu viens me voir en me disant, je suis prêt à me transformer en quelqu’un de productif, parce que je sais que c’est le business, venez, on s’assoit, on discute. Je ne vous parle pas en businessman, mais je vous parle en facilitateur du business. Et, c’est ça qu’ils sont en train de voir maintenant.
Propos recueillis par Blaise Nnang









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