Géopolitique : Le « dilemme sahélien » théorisé par Dr Simo Djom

Après le « châtiment géopolitique » en 2024, l’auteur de la revue géopolitique « L’Etat de l’Afrique » analyse cette fois les choix opérés par les meneurs de coups d’Etat dans le Sahel. Pour lui, ces nouveaux décideurs avaient la possibilité de se « civiliser » ou de transférer le pouvoir aux civils. Ils ont fait le choix de se maintenir au pouvoir sans « se civiliser ».

Dr Maurice Simo Djom a maintenu les recettes de l’édition inaugurale. La structure de l’ouvrage, son éditeur (Afrédit), l’ergonomie graphique, tout est articulé de façon méticuleuse comme sur du papier à musique. Bien plus, l’auteur de « L’Etat de l’Afrique », édition 2025, a conservé sa créativité terminologique, en offrant un autre concept. Il s’agit du « dilemme sahélien » qui rapporte à la situation politique au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Ces trois pays, faut-il le rappeler, sont dirigés par des militaires arrivés au pouvoir suite à des coups d’Etat.

Et c’est le prolongement de leur bail qui est scruté. Justifiée par la situation sécuritaire et socio-économique de ces pays, l’arrivée au pouvoir des militaires, qui prend une tournure de « longévité », est élusive. Surtout qu’ils entreprennent des projets de refondation sociale et culturelle, voire économique et monétaire, engageant sans complexe leurs pays respectifs dans des horizons confédéraux qui relèvent d’une vision particulière et de longue haleine.

Alors qu’en général les militaires organisent des élections et transmettent le pouvoir aux civils après les coups d’Etat, Dr Maurice Simo Djom note que ceux du Sahel pourraient ne pas suivre la même trajectoire. Ils pourraient aller jusqu’à détricoter les engagements nationaux et internationaux. Pour eux, analyse l’auteur, la meilleure option serait le maintien du pouvoir. Même si les choses ne sont pas aisées, puisqu’ils subissent des pressions liées principalement à l’organisation d’élections, et qui revendiquent des succès aussi bien sécuritaires qu’économiques.  

Dr Maurice Simo Djom met en exergue le fait que les militaires du Sahel ont donné le ton du totalitarisme pour protéger la révolution et opérationnaliser la refondation. Ainsi, loin des aspirations de la société, les élections, par exemple, ne sont pas d’actualité et cette transition militaire pourrait s’étendre bien plus longtemps qu’annoncée. L’auteur de « L’Etat de l’Afrique » qualifie cela de « fétichisme électoral », qui renvoie à la croyance qu’une élection suffit pour résoudre tous les problèmes d’une société, de quelque nature qu’il soit.

Plus clairement, le cœur des militaires est en ballotage entre le fétichisme électoral et la volonté de refondation sociale et politique. Une situation que bien déclinée dans la théorie du « dilemme sahélien » du Dr Simo Djom. « Si les révolutionnaires suivent la voie du libéralisme politique et social, ils échoueront à transformer la société de fond en comble car ils préserveront, en même temps, les équilibres apparents et les tares congénitales d’une société à la dérive. Mais, s’ils veulent transformer la société de fond en comble, ils pratiqueront le totalitarisme et se mettront à dos une bonne majorité d’un peuple extraverti et poreux dans un contexte d’hypermédiatisation et d’interconnexion tous azimuts », analyse le géo-politiste. 

Il souligne la difficulté, pour les militaires, de refaire le modèle nord-coréen à travers le repli radical, dans le cadre par exemple de l’AES. « […] le contexte de l’interpénétration des peuples et des économies incline à l’ouverture, à la tolérance et aux échanges. Le référentiel du monde alentour professe une image précise, bien que manipulée, de la démocratie et de l’économie libérale. Il est dès lors difficile de pratiquer un référentiel différent basé sur le centralisme, le contrôle et le dirigisme », souligne-il. En clair, les militaires sont dans le projet de dévassalisation géopolitique et de refondation politique de leurs pays respectifs. En espérant qu’ils auront du temps pour y parvenir au regard des pressions qu’ils subissent…

A.N.A.

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