Dr. Bareja Youmssi : la bauxite de Minim Martap ne sera pas mise en exploitation avant 10 ans »

Malgré la pose de la première pierre de l’exploitation industrielle de la bauxite de Minim Martap, le 24 septembre 2025 par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le coup d’envoi technique de cette exploitation dans la localité de Minim-Martap, le 15 juillet 2025, par le ministre par intérim des Mines et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, et après la signature, le 30 juillet 2025 à l’hôtel Hilton de Yaoundé, entre l’Etat camerounais et Camalco SA, une filiale de Canyon ressources, de la convention minière, sur l’exploitation de la bauxite de Minim Martap, l’Expert en mines et pétrole, Enseignant et chercheur, le Dr Bareja Youmssi jette un regard critique la faisabilité de ce projet.

Après la pose de la première pierre de l’exploitation industrielle de la bauxite de Minim Martap, le 24 septembre 2025 par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, peut-on dire que le développement de ce projet minier est définitivement sur de bons rails ?

La pose de la première pierre du 23 septembre est purement à caractère électoral et politique. La bauxite de Minim Martap ne sera pas mis en exploitation avant 10 ans, car c’est un projet qui connaît beaucoup d’obstacles : une faible teneur d’alumine, réserves pas de classe mondiale, manque d’infrastructures  et énergie. La junior australienne fait des petits montages financiers avec la complicité de certains Camerounais afin de s’en mettre plein les poches. Ils n’ont aucune intention réelle de développer le projet de Minim Martap. Ils font juste du bruit pour pouvoir atteindre leur objectif financier.

On ne peut pas vendre le minerai brut de Minim Martap et de Ngaoundal, car le taux de concentration est bas et le coût de transport ferroviaire élevé. Les acheteurs du minerai brut vont préférer prendre en Guinée Conakry où ils produisent 80 millions de tonnes de bauxite à 60% de teneur par an. La bauxite de Minim Martap ne peut être rentable que si sa transformation en alumine se fait sur place pour les Industries locales et de la sous-région. Mais il faudra d’abord résoudre  le problème de l’accès à l’électricité à bon prix pour ne pas plomber la rentabilité du projet.

S’agissant de l’étude de faisabilité de ce projet, elle n’a rien à voir avec les réalités du terrain; une étude de faisabilité fabriquée dans les laboratoires indiens. Canyon resources à travers sa filiale camerounaise, Camalco n’a aucune capacité financière et technique pour développer la bauxite de Minim Martap. Ils excellent juste dans la spéculation et la levée des fonds à l’international ; des fonds qui n’arrivent généralement pas au Cameroun. Leur promoteur (un certain singapourien), veut s’accaparer de Camrail et du terminal minéralier à Kribi. C’est une stratégie identique à celle qu’il a tenté malheureusement de faire au Gabon.

Que prévoient les termes de la convention minière signée entre le  Cameroun et Camalco SA ?

 Le 30 juillet 2025 à l’hôtel Hilton de Yaoundé, l’Etat camerounais avait signé une convention minière avec Camalco SA sur l’exploitation de la bauxite de Minim Martap. Elle doit se dérouler en deux phases : la première phase consistera à exploiter trois plateaux plus riches en alumine qui représentent près de 51% pour des réserves prouvées de 99 millions de tonnes, avec une production annuelle prévue de 5 millions de tonnes pour une durée de vie de la première phase de 20 ans. Les termes clés de la convention sont les suivantes : 10% des parts gratuites de l’Etat ; la taxe ad valorem au taux de 3% de la valeur marchande ; partage de production au taux de 5% du produit marchand ; fonds de développement du secteur minier au taux de 1 % du chiffre d’affaires hors taxe ; compte spécial de développement des capacités au taux de 1 % du chiffre d’affaires hors taxe ; droits de concession domaniale fixés à 100 000 FCFA/Km2/an ; taxe à l’exportation au taux de 2% ; ouverture du capital de la société de projet à hauteur de 10% aux nationaux ; un pas de porte ou bonus de signature d’un milliard de FCFA que Camalco devra verser à l’Etat camerounais.

La société Camalco SA a-t-elle joué un rôle dans la découverte du minerai de bauxite de Minim Martap ?

Pour rappel, la bauxite est une roche sédimentaire blanche, rouge ou grise, caractérisée par sa forte teneur en alumine Al₂O₃ et en oxydes de fer. Cette roche constitue le principal minerai permettant la production d’aluminium et de gallium. Elle se forme par altération continentale en climat chaud et humide. Les principaux pays producteurs de bauxite dans le monde en 2023 (en milliers de tonnes) sont l’Australie (98.000) ; la Guinée (97.000) ; la Chine (93.000) ;  le Brésil (31.000). Historiquement, le Cameroun depuis l’époque coloniale détient deux gisements de bauxite : Fongo Tongo et Minim Martap. Ce sont des gisements connus de tous depuis l’école primaire, (Camalco n’a donc pas découvert un gisement de bauxite au Cameroun), et qui n’avaient jamais intéressé les colons. Ils n’avaient aucun intérêt économique, étaient assez éloignés de la côte atlantique, n’avaient pas de grandes réserves et n’étaient pas assez riches en alumine.

S’agissant du permis de recherche sur Minim Martap, au départ, en 2008, les permis sur la bauxite de Minim Martap et de Ngaoundal sont détenus par la société Hydromines INC qui, par la suite, va changer de dénomination pour devenir la Cameroon Alumina Limited (CAL). En avril 2011, le Premier Ministre signe l’arrêté portant création du Comité chargé des négociations en vue de la conclusion d’une convention minière entre la société CAL et l’Etat du Cameroun. Malheureusement pour la CAL, l’Etat Camerounais juge les négociations non concluantes, et en 2018, il attribue les mêmes permis à Camalco SA, une filiale de Canyon ressources pour une durée de trois ans non renouvelables, et avec des objectifs bien précis : confirmer les réserves et boucler les études de faisabilité.

Courant 2021, Canyon Resources a entamé des discussions en vue de signer une convention minière et obtenir le permis d’exploitation minière pour lancer la construction et l’exploitation de la mine. En Juin 2022, Camalco publie officiellement l’étude de faisabilité du projet.

Qui est Canyon Resources Limited ?

La société était auparavant connue sous le nom de Castlemaine Resources Limited et a changé son nom pour Canyon Resources Limited en mars 2010. Canyon Resources Limited a été constituée en 2009 et est basée à West Perth, en Australie. Son Comité de gestion est constitué des personnes ci-après : Mr. Mark Ainsworth Hohnen : Président du Conseil d’Administration​ ; Mr. Peter  Secker : Directeur Général (Canyon resources) ; Mr Jean Sébastien Boutet  Directeur : Commercial ; Mr. Phillip Gallagher : Consultant​ ; Mr. Matthew McNeill Worner : C.A. ; Mr. Rana Singh:​ Directeur Général de Camalco​ ; Mr Patrice l’Huillier : Directeur du projet Camalco.

Il est important de souligner qu’en dehors du projet de bauxite au Cameroun, Canyon resources n’a plus aucun projet ailleurs; un autre indice qui montre que nous avons à faire à des spéculateurs purs et simples. Une autre observation, dans le Comité de gestion de Canyon resources, il n’y a pas de Camerounais. Pourtant leur unique projet se trouve au Cameroun. L’unique camerounais  qui apparait se trouve à Camalco comme DGA en la personne de M. Kouakam Mbenjo.

Propos recueillis par B.N

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