Bauxite de Minim Martap : des avancées vers l’exploitation industrielle, malgré les doutes

Alors que la pose de la première pierre de l’exploitation industrielle de la bauxite de Minim Martap, a eu lieu, le 25 septembre 2025 par le Premier ministre, Chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, certains experts dans le domaine minier émettent toujours des réserves sur la faisabilité de cette exploitation. Ils mettent en cause une faible teneur d’alumine, des réserves pas de classe mondiale, un manque d’infrastructures et énergie.

Les derniers développements sur la mise en exploitation industrielle de la bauxite de Minim Martap pourraient pourtant le démentir : pose de la première pierre, le 25 septembre 2025, par le Premier ministre, Chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute ;  coup d’envoi technique de cette exploitation dans la localité de Minim-Martap, le 15 juillet 2025, par le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry ; signature, le 30 juillet 2025 à l’hôtel Hilton de Yaoundé, entre l’Etat camerounais et Camalco SA, une filiale de Canyon ressources, de la convention minière, sur l’exploitation de la bauxite de Minim Martap. Et même, ouverture d’une ligne de crédit de 80,6 milliards de FCFA auprès d’AFG Bank pour réaliser les infrastructures du projet, notamment dans sa première phase, qui, apprend-on, intègre l’acquisition de locomotives et des wagons, ainsi que le développement des installations ferroviaires et portuaires, le 26 mai 2025.

Mais, nonobstant tous cela, le Dr. Bareja Youmssi, Expert en mines et pétrole, Enseignant-Chercheur reste sceptique sur la viabilité de l’exploitation industrielle de la bauxite de Minim Martap. Alors le gouvernement et Camalco SA, la société en charge de cette exploitation, rassurent que les premières expéditions de cette bauxite sont prévues pour 2026, avec un potentiel estimé à 2 milliards de tonnes de bauxite, ce qui en ferait le plus grand gisement mondial. Cette bauxite, vante-t-on, est caractérisée par une teneur élevée en alumine, idéale pour la production d’aluminium. Le Dr Bareja Youmssi, affirme quant à lui que « La bauxite de Minim Martap ne sera pas mise en exploitation avant 10 ans, car c’est un projet qui connaît beaucoup d’obstacles : une faible teneur d’alumine, des réserves pas de classe mondiale, un manque d’infrastructures  et énergie. La junior australienne fait des petits montages financiers avec la complicité de certains Camerounais, afin de s’en mettre plein les poches. Ils n’ont aucune intention réelle de développer le projet de Minim Martap. Ils font juste du bruit pour pouvoir atteindre leur objectif financier ». Avant d’ajouter qu’on «  ne peut pas vendre le minerai brut de Minim Martap et de Ngaoundal, car le taux de concentration est bas et le coût de transport ferroviaire élevé. Les acheteurs du minerai brut vont préférer prendre en Guinée Conakry, où ils produisent 80 millions de tonnes de bauxite à 60% de teneur par an. La bauxite de Minim Martap ne peut être rentable que si sa transformation en alumine se fait sur place pour les Industries locales et de la sous-région. Mais, il faudra d’abord résoudre  le problème de l’accès à l’électricité à bon prix pour ne pas plomber la rentabilité du projet ».

Camalco SA rassure sur la rentabilité du projet

De l’avis de Camalco, cette exploitation de la bauxite est riche en teneur. Les retombées pour l’Etat s’évaluent à environ 12% du chiffre d’affaires, auxquelles s’ajoutent les impôts de droit commun, après retour sur investissement et les dividendes de 10% au titre de la part gratuite de l’Etat. De même, côté exploitation et transformation industrielle de la bauxite pauvre en teneur, l’Etat en tire d’énormes bénéfices. L’Etat bénéficiera également de plusieurs infrastructures nouvelles routières, ferroviaires, énergétiques et portuaires.

Au plan économique, précise Camalco SA, la, partie de la ressource actuelle du gisement élevée à un milliard de tonnes, occupée par le minerai riche constituée de 51% d’alumine et de moins de 2% de silice, est évaluée à 16 milliards de dollars américains aux cours actuels. S’élevant à 200 millions de tonnes, elle fera I’objet d’extraction, d’exploitation et d’exportation pendant 20 ans, avec une cadence de production de 10 millions de tonnes, par an, avec un investissement s’élevant, à pratiquement 02 milliards de dollars américains.

Quant à la partie du gisement constituée du minerai pauvre pourvu d’une teneur de 44% d’alumine et 3% de silice, elle fera l’objet d’une transformation permettant d’obtenir 213 millions de tonnes d’alumine à partir de 640 millions de tonnes du minerai. La cadence de production annuelle de ladite alumine sera de 04 millions, de tonnes par an, soit d’une valeur de 02 milliards’ de dollars par an, Cela nécessite la mise en place d’une unité de traitement de bauxite en alumine, d’un coût de plus de 02 milliards de dollars américains, et dont la présentation des études de faisabilité sera faite par la société avant septembre 2026.

Des dispositions déjà envisagées pour transporter la bauxite

C’est un autre développement qui pourrait témoigner de l’imminence de la mise en œuvre effective de l’exploitation industrielle de la bauxite de Minim Martap. Dans un récent communiqué, Camrail et Camalco SA, planchent sur la signature d’un contrat en vue d’assurer le transport des minerais de bauxite extraits de Minim Martap vers le port de Douala. Le démarrage des opérations, apprend-on, est prévu pour 2026. Mais en attendant, Camalco SA compte investir 7 millions de dollars (environ 5 milliards de FCFA) pour la remise en état de sections clés de la voie ferrée entre Makor (Adamaoua) et Douala. L’objectif étant de permettre le démarrage du transport de la bauxite de Minim Martap dès le début de 2026.

« Afin de faciliter le démarrage des opérations au début de 2026, Camalco investira initialement 7 millions de dollars dans la réhabilitation des sections clés du réseau ferroviaire, dès la signature du contrat de transport de bauxite avec Camrail », précisent les deux partenaires dans un communiqué conjoint publié, le 6 octobre 2025. Cet investissement préliminaire s’inscrit en amont du Plan quinquennal n°2 (PQ2) de Camrail, attendu pour entrer en vigueur au premier semestre 2027. Il vise à renforcer les zones les plus sensibles de l’infrastructure, afin d’accélérer le lancement des exportations du minerai vers le port de Douala. Egalement, Camalco SA prévoit de poursuivre ses investissements sur la période 2026-2029, à hauteur de 85 millions de dollars (près de 47 milliards de FCFA), pour garantir une montée en puissance de la production jusqu’à 10 millions de tonnes de bauxite par an. La présence d’une infrastructure ferroviaire déjà opérationnelle reliant Minim Martap au port de Douala, indique-t-on, renforce encore l’attractivité du projet, présenté comme l’un des piliers de la future filière aluminium du Cameroun.

D’autres participations annoncées dans le capital de Camalco SA

C’est un autre indice de l’attractivité du projet Minim Martap. La Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) serait en discussions avec Camalco SA pour un investissement de près d’environ 20,2 milliards de FCFA. Ces fonds pourraient être convertis en actions dans Camalco S.A.

Parallèlement, Afriland Bourse & Investissement, filiale du groupe bancaire camerounais Afriland First Bank, a souscrit à une levée de fonds d’environ 25,8 milliards de FCFA. Cette opération, encore soumise à l’approbation de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) et du gouvernement camerounais, devrait permettre à Afriland de détenir environ 10,1 % du capital de Canyon Resources.

Blaise Nnang

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *