Samuel Donatien Nengue : «L’élargissement des missions du Fodecc ouvre un champ additionnel : celui du renforcement des moyens d’intervention»
Samuel Donatien Nengue : «L’élargissement des missions du Fodecc ouvre un champ additionnel : celui du renforcement des moyens d’intervention»
L’Administrateur du Fonds de développement des filières Cacao et Café (FODECC) parle des innovations apportées par le décret signé, le 14 janvier 2025, par le président de la République du Cameroun, Paul Biya, réorganisant le FODECC.
Monsieur l’Administrateur, qu’est-ce qui va fondamentalement changer dans la structuration et le fonctionnement actuels du Fonds de développement des filières cacao et café ?
Je voudrais au nom du personnel du Fonds de développement des filières Cacao et Café, du Comité de gestion du même Fonds, mais également de l’ensemble de la grande famille des producteurs de cacao et de café, remercier le président de la République pour l’immense joie et le privilège dont il vient de doter le secteur, en modernisant l’instrument de financement de ce secteur d’activité.
A titre de rappel, le Fodecc est à son deuxième décret ; l’ancien a été signé, le 09 mars 2006, et le nouveau, lui date du 14 janvier 2025, c’est-à-dire, à peu près une vingtaine d’années plus tard. Le chef de l’État a pensé nécessaire d’actualiser et de réformer cet instrument de financement dédié à l’ensemble des filières cacao et café pour le moderniser. Ce qui change concrètement, c’est que le précédent décret avait la particularité d’organiser le Fonds sous régime paritaire, c’est-à-dire, entre des représentants du secteur privé et ceux du secteur public.
Cette parité a prévalu jusqu’à la signature de l’actuel décret. La deuxième spécificité du précédent décret, c’est que nous avions un Comité de gestion en lieu et place d’un Conseil d’administration. L’opérabilité de cette structure, tel qu’elle a prévalu jusqu’à date a permis des résultats certes tangibles, mais pas toujours compatibles avec l’évolution des activités, et aujourd’hui, les défis sont significatifs. Il appartenait donc aux pouvoirs publics d’y apporter des réponses, et c’est l’une des réponses que monsieur le président de la République vient de consacrer à travers la signature dudit décret.
On peut retenir quatre choses essentielles de la signature de ce décret. La première, c’est l’arrimage du Fodecc actuel au corpus législatif et réglementaire régissant les établissements publics au Cameroun. Et singulièrement sa mise en conformité avec la loi de 2017 et les décrets d’application de 2019. Cette loi ainsi que les décrets précisent clairement que les établissements publics sont dotés de structures de délibération au sein desquels l’on devrait trouver des représentants de la présidence de la République, ainsi que du Premier ministère et de ses tutelles. La deuxième chose, c’est l’élargissement des missions du Fodecc.
Nous restons toujours dans le volet financement, mais le décret dispose que dorénavant que le Fonds est habilité à financer des opérations dites spéciales, sous la très haute prérogative du président de la République. Cet élargissement des missions du Fodecc ouvre un champ additionnel : celui du renforcement des moyens d’intervention. Le décret confère donc à cette structure des moyens conséquents pour répondre aux besoins et aux attentes des producteurs de cacao et de café.
Enfin, le décret le renforce les instruments de gestion, et garantit en mettant en place des outils de surveillance et de contrôle, notamment l’organisation régulière des audits comptables et financiers, la tenue de toutes les formes de comptabilité nécessaires, et enfin, la nécessité pour le Fonds et son management de pouvoir rendre compte systématiquement de tous les actes qui sont posées. C’est là de façon ramassée la structuration qui a été déclinée à travers ce décret de 68 articles.
Le FODECC est désormais appelé à promouvoir la transformation et la consommation locales du cacao et du café. Le dispositif institutionnel et les moyens financiers actuels mis à la disposition du FODECC sont-ils à même de vous permettre de bien assurer ces missions ?
La réponse est oui. On n’est pas totalement écarté de ce qui se faisait avant. On est là dans une position de compléter et de renforcer. Financer la transformation, c’était déjà une des missions du Fonds par le passé, l’objectif tel que nous prévoyons à travers la signature du décret, c’est de permettre que les organes en charge de ce processus, notamment le ministère du Commerce et celui des Mines, de l’Industrie et du développement technologique, puissent promouvoir des projets et des activités en lien avec le renforcement du tissu industriel de transformation au niveau local, et que des moyens d’appui, d’accompagnement soient également mis à la disposition de cette politique. Cela se faisait avant, et c’est appelé à être renforcé. Donc, il n’y a pas de crainte que cette mission ne soit accomplie telle que le président de la République a bien voulu la décliner.
De manière précise, quelle stratégie avez-vous déjà envisagé pour véritablement booster la transformation et la consommation locales du cacao et du café ?
Au sujet de la stratégie, le Fodecc ne le fera pas seul. Mais, c’est l’ensemble des organes des filières qui le feront dans leurs missions et leurs prérogatives. Pour ce qui concerne le Fodecc, la démarche vise singulièrement à renforcer les moyens de financement nécessaires pour que se développent les tissus industriels liés à la transformation du cacao et du café, et que soient renforcées les opérations de vulgarisation des produits afin d’asseoir la consommation.
Ces moyens, d’après le texte, doivent être mobilisés par le Fonds, sécurisés par le Fonds et ensuite mis à la disposition des organes opérationnels compétents. Dans ce cadre, le Fodecc se tient disposé et prêt à accompagner tout ce processus. Nous avons ouvert des guichets qui sont des guichets de financement direct. L’un destiné aux producteurs pour renforcer la production en quantité ; le second dédié aux collectivités pour permettre l’installation d’unités de traitement post récoltes autorisées par le président de la République en 2021, et aujourd’hui inscrites dans notre plan de travail ; et le troisième guichet qui met en place une transition agroécologique pour permettre d’évoluer.
C’est dans l’ensemble de ce processus là que pourrait se dérouler, s’exécuter les interventions liées au renforcement du tissu industriel de transformation, mais également, la promotion de tout ce qui est consommation locale. Le marché est en évolution, et nous pensons que les produits Made in Cameroon pourraient être rendus accessibles aux Camerounais et bien au-delà de nos frontières à travers la Zone de Libre-échange continentale africaine. On pourrait effectivement aller à la conquête des marchés extérieurs avec des produits camerounais
Interview réalisée par Blaise Nnang








