Luc Magloire Mbarga Atangana, « Le partage de la valeur du cacao n’est pas équitable, n’est pas juste »

Le ministre du Commerce revient sur les efforts faits par le Cameroun en matière de transformation locale du cacao. Tout comme il déplore l’inégalité dans le partage de gains tirés de la filière cacao.

M. le Ministre, que représente cette nouvelle unité de transformation locale de cacao en gestation ici à Baré-Bakem ?

Je voudrais exprimer mieux la réalité de ce qui se passe ici à Barre, Baré-Bakem, et de manière plus large sur l’économie cacaoyère nationale. C’est quand même une unité d’entrée de jeu, d’une capacité de 32 000 tonnes. 32 000 tonnes, ce n’est rien. Mais 32 000 tonnes en soi, n’a pas de sens si on n’intègre pas l’existant. Il se trouve que le Cameroun était déjà suffisamment en avance en matière de transformation locale de son cacao, en droite de ligne des très hautes prescriptions du chef de l’État. Vous savez, nous avions un programme, un objectif de transformation de 40% de notre fève localement. Et des unités se sont mises au travail. Il y avait des anciennes, mais surtout des nouvelles, des nouvelles qui sont le fait des nationaux. C’est ça qui est important à souligner. L’ancienne unité, c’est la filière de Barry Calvo, SIC-CACAO, qui est passé d’une capacité installée de 30 000 tonnes à 55 000 tonnes aujourd’hui. Mais, il était seul, il jouait seul. De nouveaux sont arrivés du fait des nationaux en particulier, mais aussi dans le cadre de l’intégration africaine. L’intégration africaine, c’est ATLANTICO-COCOA à Kribi, 48 000 tonnes. Mais les nationaux, ils sont les leaders. NEO-INDUSTRY, à Kekem pas très loin d’ici, 90 000 tonnes de capacités installées. Aujourd’hui, SAMEN INDUSTRY : 32 000 tonnes, et la jeune promotrice d’AFRICA PROCESSING COMPANY, entre Mbankomo et Dimako, c’est à peu près 20 000 tonnes. Si vous faites une addition rapide, on est autour de 250, voire 255 000 tonnes de transformation locale sur une production commercialisée, si je fais référence à la dernière campagne, de 306 000 tonnes. Faites les calculs, c’est 80 %. Nous avons doublé, nous sommes passés au double de l’objectif initial. Et en transformant 80% localement, nous devenons les champions du monde. Le Cameroun est champion du monde en cette matière.

Quel avantage peut tirer le producteur des efforts faits dans la transformation locale du cacao, lui qui est jusque-là parent pauvre de la filière ?

 Mais ce que nous disons, mon collègue, le Ministre Gabriel Mbaroïbe et moi, c’est que ce n’est pas une finalité en soi. Il faut que ça profite bien, certes à l’économie nationale, Mais de façon directe, il faut que cela soit profitable au producteur. Le producteur qui est le parent pauvre, le producteur qui est le laissé pour compte, le producteur qui est tributaire des évolutions erratiques, de la fluctuation entretenue du marché international. Et l’idée de transformer sur place vise précisément à lutter contre ce phénomène d’exploitation éhontée du producteur, de paupérisation du producteur. Ça signifie quoi ? Ça signifie qu’on achète localement, mais on se réfère probablement au marché international, mais pas que ! Puisque les produits qui sortent de ces usines ont une valeur ajoutée forcément, il faut donc que cette valeur soit partagée. Et c’est le sempiternel combat du gouvernement sur la transparence du marché des matières premières, et de façon spécifique du cacao. Le marché n’est pas transparent. Le partage de la valeur du cacao n’est pas équitable, n’est pas juste. Et donc ces unités vont servir d’éléments de correction de ces inégalités criardes au détriment des producteurs. L’un dans l’autre, nous pensons que nous sommes résolument dans la bonne voie. Il y a des gens qui sont impatients. Ils vous disent : « Oui, mais vous avez dit… » Non ! C’est une construction. Et, cette construction se fait par étape, et je crois que nous arrivons à la phase ultime de ce travail de construction qui fera que les producteurs eux aussi seront des acteurs à part entière.

Maintenant, évidemment, il faut ajouter la nécessité de cette égalité ou en tout cas équité territoriale, spatiale. Il ne faut pas que les unités soient concentrées dans les mêmes zones. Il y a de grands bassins, je pense au bassin de la Lékié, je pense au bassin du Mbam et Kim, qui ont aussi besoin des unités de ce genre. Mais bon, comme je dis, c’est une construction, c’est un travail par étape, et nous pensons que la prochaine étape sera effectivement d’aller aussi de ce côté-là, d’installer des unités de ce côté-là. Alors nous aurons contribué à la cohésion sociale voulue par le Chef de l’État, les producteurs et les jeunes du sciage du cacao des négociants ne vont plus se regarder en chaîne de faïence.

Propos recueillis par B. N

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