Avoirs en déshérence : la réponse sanglante de la CDEC à la COBAC
Dans une lettre officielle signée, le 13 novembre 2025 et adressée à la Commission Bancaire d’Afrique Centrale, la Caisse des Dépôts et Consignations l’accuse vouloir « dépeindre en noir la CDEC », estimant que le gendarme sous régional du secteur bancaire outrepasse le périmètre de ses compétences.
C’est la réponse du berger à la bergère. Dans une correspondance en date du 13 novembre 2025, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) du Cameroun a répondu à la Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC) au sujet du différend qui l’oppose à certaines banques au Cameroun. Et le ton du DG de la CDEC est tout aussi acerbe que celui de la Secrétaire générale adjointe de la COBAC, il y a quelques jours.
Richard Evina Obam fustige la COBAC, estimant que le gendarme sous régional du secteur bancaire « outrepasse le périmètre de ses compétences après avoir fait adopter aux autorités communautaires un règlement sur une matière non transférée par les textes supérieurs de la CEMAC… »
Dans une lettre officielle signée, le 22 octobre dernier, la COBAC avait saisi le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, pour marquer son inquiétude quant aux « perturbations » du secteur bancaire que pourrait causer la CDEC. Cette requête intervenait après une alerte formelle de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECCAM), se plaignant que « la CDEC a déposé des plaintes devant les juridictions nationales pour détournement de fonds publics à l’encontre des dirigeants des établissements de crédit, engagé des saisies (assorties d’avis à tiers détenteurs) à hauteur de plusieurs milliards de FCFA, mais aussi adressé aux maisons mères des banques internationales des correspondances comportant des menaces ».
Elles sont au nombre de trois, les principales banques exerçant au Cameroun dans le collimateur de la CDEC. Afriland First Bank, Citibank et Société Générale Cameroun ont été mises en demeure de restituer un montant cumulé de 222 milliards de FCFA à la CDEC, des fonds qui lui sont dévolus, sous peine de recouvrement forcé. Dans cette optique, la CDEC a engagé des poursuites judiciaires et envoyé des correspondances aux maisons-mères d’établissements internationaux.
La démarche de la CDEC, dont les activités ont démarré en 2023, se fonde sur le fait que ces établissements de crédit ont longtemps profité de ces ressources ; il est temps de les restituer à l’Etat du Cameroun qui fait face à des défis majeurs de financement de son économie. La posture de la CDEC est d’autant plus justifiée que pendant que les autres banques se soumettaient volontairement à ces obligations légales, celles concernées par sa démarche ont « choisi le chemin de la résistance en multipliant des manœuvres nocives de lobbying visant à contourner la voie exemplaire ».
La CDEC estime de ce fait que la lettre à elle adressée par la COBAC est « l’expression d’un parti pris évident ». Elle est « d’autant plus surprenante qu’elle élude la vraie problématique qui est celle du simple transfert des ressources prévues par la loi à la CDEC, pour plutôt mettre en relief de prétendues perturbations du secteur bancaire ».
Plus grave, souligne Richard Evina Obam, la correspondance de la COBAC suggère carrément au ministre des Finances d’opérer une intervention auprès de la justice pour faire une ingérence dans des procédures pénales menées en bonne et due forme. « On ne saurait rester indifférent devant cette énième dérive en matière de gouvernance », fulmine-t-il. Relevant au passage que la volonté de la COBAC à « peindre en noir la CDEC » amène le régulateur à « s’immiscer dans le système camerounais de cautionnement des marchés publics ». Et de constater, en définitive, que « la capture du régulateur bancaire par les régulés est consommée en Afrique centrale ».
A.N.A.








