Projet de fer de Lobé: Sinosteel fait disparaître 20 millions de tonnes de fer haute teneur
Voilà ce qui arrive lorsqu’un pays décide de ne pas écouter ses experts, ils choisissent de faire la sourde oreille aux critiques et aux propositions constructives. Sinosteel, qui détient une convention minière et un permis d’exploitation sur le gisement polymétallique de fer de Lobé-Kribi a dans l’étude de faisabilité du projet de fer de Lobé caché 20 millions de tonnes de fer haute teneur prêtes à la commercialisation.
Une tribune libre du Dr Bareja Youmssi, Expert en mines et pétrole, Enseignant-Chercheur
Le DSO (Direct shipping ore), estime à 20 millions de tonnes à 63% de fer par le groupe minier brésilien Vale, est en fait cette partie supérieure du gisement qui est exposée aux intempéries et qui a subi un enrichissement naturelle. La valeur de ce minerai (DSO) dont personne n’en parle a une valeur de 2 milliards de dollars, soit 1050 milliards FCFA qui échappent ainsi au Cameroun. Et ça, ce n ‘est qu’une partie du grand banditisme chinois car, le même groupe brésilien dans son évaluation du gisement de fer de Lobé a signalé la présence de l’or à des profondeurs au-delà la de 100m dans des filons de quartz avec des teneurs dépassant les 3g/t pour une estimation en ressources de près de 10,000 tonnes d’or.
Qui est Sinosteel ?
Sinosteel Corporation est une importante entreprise d’État chinoise spécialisée dans les ressources minérales métallurgiques, le commerce et l’ingénierie, qui a été acquise par Baowu en 2022.
Historique du gisement de fer de Lobé (les mamelles de Kribi)
Plus connus sur le nom des mamelles de Kribi, le gisement polymétallique de fer de Lobé a été découvert en 1953 par le Bureau de gestion géologique du Cameroun (les Français). Des réserves de fer estimées à 800 millions de tonnes pour une teneur de 30-32% de fer ; avec aussi des réserves de haute teneurs estimées à 20 millions de tonnes pour une teneur de plus de 65%, ainsi que des intersections des filons de quartz où sont constatés une minéralisation de l ‘or avec des teneurs allant jusqu’à 3g/t, et aussi, la présence des roches sulphidiques indiquant des indices du cuivre.
Historique du titre minier sur le fer de Lobé
En 2008, Sinosteel obtient un permis de recherche sur les mamelles de Kribi (fer de Lobé) avec pour unique objectif de confirmer les réserves. En 2011, Sinosteel soumet le rapport d’étude technique qui confirme des réserves de 630 millions de tonnes à une teneur de 33%. Chose curieuse dans ce rapport, ils ne disent rien de la partie du gisement à haute teneur (DSO) prête à l’exportation, et cachent la présence significative de l’or qui est associé au gisement, ainsi que le cuivre,
En 2022, soit 14 ans plus tard après l’obtention du permis de recherche (le code minier permet 9 ans maximum), Sinosteel signe la convention minière avec l’Etat du Cameroun pour développer le gisement de fer de Lobé, ils promettent de rentrer en exploitation en 2025, projettent une production annuelle de 10 millions de tonnes de fer enrichi a 60%, promettent d’investir 640millions de dollars pour le développement de la phase 1 du projet, ils promettent 600 emplois directs aux jeunes ingénieurs camerounais, et aussi 1000 emplois indirects. Au cours de la consultation publique qui est une partie importante de l’étude d’impact environnemental, ils promettent ciel et terre au villageois avec la bénédiction du sous-préfet de la localité.
Que dit la convention minière ?
Cette convention, je l’avais déjà en 2022 qualifiée dans une tribune parue dans les médias nationaux et internationaux de léonine et largement défavorable au Cameroun. Comment un gisement qui été découvert à l’époque coloniale par les Français peut se retrouver entre les mains des Chinois, sans aucun versement de pas de porte, et pire encore, d’un bonus de signature ? Comment un gisement qui appartenait au domaine public de l’État, le Cameroun se retrouve juste avec 10% des parts dans les projets qui sont portés par la Sonamines ? Autant des zones d’ombres dans cette convention minière qui laisse croire que des dessous de table se sont passés au détriment de la nation.
État d’avancement des travaux
Sinosteel avait promis de dépenser 640 millions de dollars au cours de la première phase du projet. Aujourd’hui, ils annoncent avoir dépensé 218 millions de dollars, même pas la moitié…le Cameroun doit réfléchir. Sinosteel pendant toutes ces années communique très peu sur ce qu’ils font. Selon des informations que j’ai reçues de nos compatriotes sur le site, à l’époque, les sondages carottés s’effectuaient exclusivement dans la nuit, lorsque les Camerounais dormaient et les carottes obtenues étaient stockées dans les conteneurs pour être par la suite expédiées en Chine. Il est de même avec des minerais de fer à haute teneur de fer qu’ils mettaient dans des sacs de capacité d’une tonne chacune, chargés dans des conteneurs pour la Chine. Combien de conteneurs ont été expédiés en Chine ? Pourquoi les chinois expédiaient uniquement le minerai de fer à haute teneur? Est-ce que par ce canal, ils ont fait sortir les 20 millions de tonnes de DSO pendant tout ce temps ? Est-ce que c’est toujours par ce canal qu’ils ont sorti les roches de filon de quartz contenant de l’or ? Je le dis parce qu’en 2008, lorsque je travaillais pour la première compagnie mondiale de fer, la multinationale brésilienne Vale nous avait fait une évaluation technique de tous les gisements de fer du Cameroun. Aujourd’hui, Sinosteel, un autre glissement dans leur calendrier de mise en exploitation du projet ; est-ce une manière de gagner en temps pour ainsi vider le gisement des DSO et de l’or ?
Les perspectives du projet de fer de Lobé
Comme je l’avais dit en 2022, le Cameroun avait effectué un mauvais casting pour ce projet, comme pour tous les autres projets, que ce soit du fer, bauxite, diamant, cobalt et or. Sinosteel était le mauvais partenaire pour développer le projet de fer de Kribi car, ils n’ont pas l’expertise, la capacité technique qui leur permet de développer ce type de projet (mine et infrastructures), ils sont spécialisés dans les aciéries, commerces et industrie métallurgique. Sinosteel en dehors du Cameroun n’a plus d’autres projets miniers au monde et même Chine.
Les techniciens et ingénieurs camerounais devront encore prendre leur mal en patience. La communauté locale devra continuer à implorer le seigneur, de souffrir de voir les chinois sortir illégalement des conteneurs pleins de minerais, sans aucun espoir sur les lendemains meilleurs. Dans d’autres pays, la décision de retirer le permis d’exploitation ne se ferait pas attendre car, il y a eu assez de manquements de la part de Sinosteel que le Cameroun devait en profiter pour frapper du poing sur la table et mettre un terme à ce partenariat.
J’interpelle les autorités pour ouvrir un audit sur ce projet, afin de mettre à nu la tricherie de Sinosteel et ses tentatives de geler le projet avec des éternels glissements. Le Cameroun doit penser à créer un véhicule (Cameroon Iron Company)-CIC pour développer et gérer exclusivement tous les gisements de fer du pays. J’ai déjà proposé un tel véhicule pour l’or- Cameroon Gold Company (CGC).








