Cocoa Days : le prix au producteur fait à nouveau débat

Comment concilier les impératifs environnementaux, avec la nécessité d’assurer aux producteurs une rémunération décente et un partage équitable de la valeur créée le long de la chaîne, c’est la double problématique au menu de la première édition des journées de dialogue multi-acteurs pour une chaîne de valeur cacao durable au Cameroun (Cocoa Days), ouvertes le 1er juillet 2026 par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.

Après quelques années de gloire, avec un prix au producteur atteignant les cimes de 5000 FCFA, le kilogramme, le producteur camerounais de cacao a vu le prix chuter drastiquement, autour de 2000 FCFA, le Kg. Une chute du prix qui remet au goût du jour le sempiternel problème de la juste énumération au producteur. Et justement à l’ouverture de la première édition des journées de dialogue multi-acteurs pour une chaîne de valeur cacao durable au Cameroun (Cocoa Days),  Luc Magloire Mbarga Atangana a fait le constat que « près d’une décennie après la rencontre historique de Bruxelles, au cours de laquelle, pour la première fois, à l’initiative de la délégation camerounaise, conduite par le ministre du Commerce, la question de la juste rémunération des producteurs, jusque-là taboue, avait été posée sur la table des négociations, le problème reste entier, tant il est que le partage de la valeur continue d’accuser les mêmes disparités et les mêmes déséquilibres, au détriment des producteurs », a-t-il affirmé.

Le membre du gouvernement n’a pas hésité à pointer un doigt accusateur sur la volatilité des cours mondiaux et ses effets dévastateurs sur les paysans camerounais. « Après une embellie des cours, qui n’aura finalement duré que le temps d’une rose, nous voilà à nouveau revenus à la case-départ, avec des producteurs aux abois, sinon à l’agonie, du fait des prix en-deçà de toute décence. Je n’ose même pas parler de prix équitables », a-t-il regretté.

Appel  à une durabilité partagée

Néanmoins, le ministre du Commerce finira par une note d’espoir, en affirmant que, « Pour notre part, nous disons oui à la durabilité, pour aussitôt renchérir : oui, trois fois oui aussi à la profitabilité, à la décence des prix, à l’équité de la rémunération et à la transparence du marché », a-t-il martelé. Un appel clair à une durabilité qui ne soit pas synonyme de sacrifice unilatéral au détriment des seuls producteurs, mais d’un partage plus juste des fruits de la filière.

Sur la question du Règlement européen sur la déforestation, sujet particulièrement sensible pour les producteurs de cacao, le ministre du Commerce s’est voulu sans équivoque sur la position du Cameroun. « Loin de moi l’idée ou l’intention de remettre en cause le Règlement sur la déforestation, qui est une cause noble pour la préservation de l’environnement. Nos producteurs s’y sont pliés, parfois à leur corps défendant. Mais la question qu’ils nous posent est de savoir ce qu’ils reçoivent en retour, au point où certains évoquent même la notion d’écologie punitive », a-t-il indiqué. Cette interpellation résume à elle seule l’équation complexe que les « Cocoa Days » sont appelés à résoudre : comment concilier les impératifs environnementaux, légitimes et non négociables, avec la nécessité tout aussi impérieuse d’assurer aux producteurs une rémunération décente et un partage équitable de la valeur créée le long de la chaîne ?

Le représentant de la Délégation de l’Union européenne, Philippe Ladousse,  pour sa part, réaffirmera l’engagement aux côtés du Cameroun de l’institution qu’il représente. « Le Cameroun a de l’ambition pour son cacao qui est, en termes de recettes à l’exportation, la deuxième source de revenus après les hydrocarbures. Cette ambition est légitime, elle est nécessaire. Et l’Union européenne continuera d’accompagner cette vision car nous croyons qu’il s’agit d’une filière d’avenir, capable de créer davantage de valeur, d’offrir des perspectives aux jeunes et de contribuer à un développement plus inclusif et plus durable », a-t-il déclaré.

La tenue des « Cocoa Days », rappelle-t-on s’inscrit dans la continuité d’un processus engagé à Bruxelles au mois de juillet 2017. Après les « Cocoa Talks » qui en ont découlé et qui ont rythmé les années 2021-2023, puis les « Cocoa Actions » qui en ont été la concrétisation opérationnelle, cette nouvelle séquence est une étape supplémentaire dans l’arrimage de la filière cacao du Cameroun aux nouvelles exigences mondiales de durabilité. Un cheminement rendu possible grâce à l’appui de partenaires institutionnels, au premier rang desquels, l’Union européenne.

Pendant trois jours, les participants vont donc plancher sur l’ensemble de ces problématiques, dans un cadre de concertation multi-acteurs voulu inclusif et orienté vers l’action. Les organes de la filière, les industriels, les coopératives, les partenaires au développement et les représentants institutionnels auront à cœur de dessiner les contours d’un nouveau pacte cacaoyer pour le Cameroun.

B. N

One thought on “Cocoa Days : le prix au producteur fait à nouveau débat

  1. Bonjour
    Les besoins au niveau semble augmenté depuis quelques temps.
    Cette demande croissante qui naturellement diminue le volume disponible à l’export ne peut elle pas être un catalyseur pour bouster les prix?

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