Rutile d’Akonolinga : la Sonamines relance le projet
La reprise de l’exploration de ce gisement annoncé récemment par le top management de la Société Nationale des Mines (Sonamines), intervient après l’abandon de ce projet par le groupe français Eramet.
Cela était prévisible. L’Etat du Cameroun va relancer le projet d’exploration, et peut-être passer à l’exploitation du rutile d’Akonolinga. D’ailleurs, le gouvernement camerounais, à travers le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (Minmidt), après avoir entériné la décision du groupe français Eramet, d’abandonner ce projet, avait clairement indiqué son intention de poursuivre le projet, mais en l’ajustant. « Nous allons redimensionner le projet et voir comment en tirer 10 000 tonnes de minerais par an, avec une entreprise de moindre envergure », avait rassuré Fuh Calixtus Gentry.
La reprise du projet du rutile d’Akonolinga, précise-t-on, intervient dans un contexte où les métaux précieux connaissent une flambée des prix, comme le révèle un récent rapport de la Banque mondiale. Alors que les minéraux industriels affichent une stabilité relative, l’étain et le cuivre progressent, tandis que le minerai de fer marque un recul. La Sonamines, bras armé de l’État dans le secteur minier, démontre donc, une fois de plus, sa volonté de valoriser les ressources nationales. Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance aux investisseurs étrangers et à maximiser les retombées locales.
Un gisement au potentiel exceptionnel
Avec des réserves estimées à près de 3 millions de tonnes, le gisement de rutile d’Akonolinga représente la deuxième plus grande réserve de rutile au monde, selon les données officielles. Un atout de taille pour le Cameroun, qui ambitionne de renforcer sa souveraineté économique et de tirer pleinement profit de ses ressources naturelles.
Pourquoi Eramet a abandonné le projet
Dans un communiqué publié, le 26 octobre 2023 sur son site Internet, le géant minier français invoquait des « raisons économiques et environnementales », pour justifier sa décision d’abandonner le projet du rutile d’Akonolinga. « À la suite de quatre années de recherche au Cameroun sur le bloc rutilifère d’Akonolinga, Eramet a décidé en octobre 2023 de ne pas poursuivre le projet. Les études de faisabilité ont révélé que les rationnels économiques n’étaient pas atteints pour soutenir un projet industriel responsable et rentable », indiquait le groupe.
Eramet, qui détenait plusieurs permis sur ce site, avait expliqué que, du fait de l’étendue, la faible teneur en rutile et la faible épaisseur du gisement, son exploitation devait exiger des investissements « très élevés », accentués par le coût de la gestion des eaux et des ultrafines pouvant impacter l’environnement. « Aucun investisseur n’est prêt à injecter 180 millions d’euros (plus de 118 milliards de FCFA) dans un projet pour n’en gagner que 30 millions (moins de 20 milliards de FCFA) en cinq ou six ans », avait affirmé Loïse Tamalgo, alors administrateur général d’Eramet Cameroun et délégué général du groupe en Afrique.
Ce dernier ajoutait que, les près de 2 000 sondages réalisés sur le site ont permis de conclure que seulement « un quart » des ressources identifiées présente une teneur suffisante pour une exploitation rentable économiquement. Le groupe français prévoyait en effet d’exploiter 100 000 tonnes de rutile par an pendant 20 ans. Mais au final, il s’est avéré que l’on ne peut qu’en tirer à peine 35 000 tonnes par an, selon le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry.
Blaise Nnang








